Pour aller plus loin

Importance de l'hippocampe dans la recontextualisation:

    En plus de tester la recontextualisation dans des conditions contrôle, cet article traite aussi de l'importance de l'hippocampe dans un tel processus. En effet, comme le montre l'article étudié, le fait de placer la souris en présence du son et du contexte, en absence de choc, permet la normalisation de la mémoire de peur. Cependant, l'équipe teste le même protocole de recontextualisation, mais l'hippocampe est cette fois-ci inhibé par optogénétique. Dans ces conditions, ils observent alors que la recontextualisation n'aboutit pas à une normalisation de la mémoire de peur. L'hippocampe est donc essentiel au processus de recontextualisation. Il joue donc un rôle clé dans la démarche thérapeutique mise en place dans ce papier. 

Application chez l'être humain

    Cet article démontre que, chez la souris, une recontextualisation du traumatisme, c'est-à-dire une réexposition aux circonstances exactes dans lesquelles s'est produit l'événement traumatogène, parvient à normaliser la mémoire de peur de type TSPT. Se pose maintenant la question des conditions dans lesquelles de tels résultats, très prometteurs sur le plan thérapeutique, pourraient être appliqués à l'humain. Ici, nous explorons quelques-uns des facteurs à prendre en considération pour que ce passage de l'animal à l'Homme soit réalisable.

1. Importance du seuil de tolérance

    Par définition, être atteint d'un TSPT implique une détresse intense provoquée par tout élément réel ou imaginaire évoquant l'événement traumatogène. Il n'est donc pas envisageable de réexposer directement le sujet aux circonstances exactes dans lesquelles se sont déroulées cet événement. L'une des réponses pouvant être apportée à cette problématique est apportée par les thérapies comportementales cognitives (TCC), avec la mise en place d'une exposition graduelle prolongée. Brièvement, cette technique procède par paliers en confrontant le patient à des stimuli dépassant légèrement son seuil de tolérance pour qu'il s'y habitue et y soit désensibilisé, ce qui requiert une exposition prolongée d'environ 40 minutes au minimum. Une fois le sujet désensibilisé de ce premier palier, on passe à un stimulus rappelant un peu plus l'événement, jusqu'à arriver à un dernier palier consistant en une exposition ressemblant le plus possible au contexte traumatique. 

    Une autre piste envisageable, possiblement complémentaire de la précédente, est le recours à la pharmacologie. En effet, le recours à une substance psychoactive, dans la mesure où celle-ci n'interfère pas avec les mécanismes neuronaux impliqués dans la recontextualisation, pourrait s'avérer judicieuse pour permettre de mieux supporter le contexte traumatique et, ainsi, favoriser une meilleure intégration. 

2. Mise en place de la recontextualisation

    Se pose ensuite la question de la mise en place de la recontextualisation. Bien que, pour la population civile, il soit la plupart du temps envisageable de retourner au lieu où s'est produit l'événement traumatogène (p. ex : attentat, viol), la majorité des TSPT se retrouvent en population militaire et ont été développés dans des zones de conflit. La solution la plus prometteuse pour permettre une recontextualisation quand bien même le lieu est physiquement inaccessible semble être la réalité virtuelle (VR). Bien que cette technologie n'en soit qu'à ses débuts et ne permette généralement une immersion qu'à partir de deux des cinq sens (vision, audition), elle constitue l'outil permettant de s'approcher le plus possible des circonstances réelles du traumatisme.


Ces deux exemples illustrent le véritable défi que représente le passage d'un model animal à une application clinique. Néanmoins ceux-ci ne constituent en rien des arguments à l'encontre des résultats obtenus chez la souris.

Ressources complémentaires



Bibliographie

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